- Qui est Alma ! Alors, ou es-tu née ? Tu viens d’où en Guyane et que y faisais-tu avant de partir ?
D’humeur toujours égale, émanant la bonne humeur, je suis une femme de la cinququantaine vivante en Angleterre depuis plus de vingt ans maintenant avec ma famille, se composant de mes deux fils et moi.
Je suis née à Patience, dans la municipalité d’Apatou, l’un de ces nombreux petits villages qui longent le bord du fleuve Maroni. Depuis ma tendre enfance j’ai vécu dans la commune de Mana avec mes parents, deuxième enfant d’une fratrie de cinq.
A Mana, petite commune de l’ouest guyanais, où j’ai parcouru l’école primaire et ensuite continué le collège à St laurent du Maroni, autre commune de l’ouest guyanais.
Après le lycée j’ai effectué plusieurs emplois de secrétaire, et par la suite décidé de reprendre mes études à l’Université des Antilles et de la Guyane où j’ai effectué des études de Droit et obtenu une Licence en Droit et une Maitrise de Droit public.
- Raconte à nos lecteurs ton histoire depuis que tu es arrivée en Grande-Bretagne en tant que femme bushinengué guyanaise. Et puis, comment tu vois le rôle des femmes bushinengué dans la préservation et la transmission de la culture dans la communauté ?
Aujourd’hui en 2024 je suis Gestionnaire des Marchés à Motorola Solutions, non pas dans la téléphonie comme pourrait penser mais dans les appareils de missions spécialisées. C’est un emploi qui me permet de m’épanouir et d’apprendre un peu plus chaque jour sur les technologies (IA) à venir et sur le mode de fonctionnement de certaines organisations.
Mon arrivée en Angleterre fut tout d’abord pour un rapatriement familial, où rejoignait mon époux qui y vivait depuis deux années avant mon arrivée.
Nouveau pays, nouvelle culture, cela n’a pas été évident au début mais les dés étaient jetés et il fallait prendre le taureau par les cornes et avancer, il n’était pas question de faire marche arrière. J’ai tout d’abord un emploi dans la protection de l’enfance où mon équipe s’assure du respect des droits de l’enfant trouvé placé par les services sociaux quant aux services qui leur étaient fournis mais aussi par rapport à leurs parents déstitués de leurs droits temporaires de garde.
A mon avis, la femme Bushinengué doit s’affirmer dans la vie de tous les jours, aussi bien socialement que professionnellement et prendre la place qui lui revient comme dans toute autre communauté noire dont nous pouvons observer l’excellence ces derniers temps.
Nous avons un petit nombre de femmes Bushinengué qui avancent dans ce bon sens, mais c’est encore insuffisant.
Ce n’est qu’en étant des exemples concrets nous-mêmes que nous laisserons des empreintes qui pourront être suivies par les plus jeunes, que nous préréserverons et transmettrons le patrimoine culturel dans notre communauté.
- Ton parcours d’études et de formation, quels défis spécifiques t’as-tu retrouvé à relever en tant que femme Bushinengué et comment as-tu fait pour les surmonter ?
Heureusement, pendant tout mon parcours éducatif, je dirais que je n’ai pas nécessairement rencontré d’obstacles. Ayant toujours eu une avidité pour l’apprentissage, cela m’a donc permis de m’aventurer vers tout ce que je voulais apprendre et étudier, ce que j’ai fait sans difficulté.
Bien sûr, en tant que personne de couleur, parfois on appréhende un peu, mais la solution c’est de s’accrocher aller de l’avant sans douter de soi et c’est ce que j’ai toujours fait.
- Des projets ou initiatives sympas en cours à Londres dont tu veux nous parler ?
En ce moment, parallèlement à mon emploi, je suis entrain de mettre en place un commerce en ligne dan la vente d’articles vintage et j’espère que cela prendra le cours attendu et grandira avec le temps. C’est tout ce que je peux dire pour l’instant dans ce domaine.
- Il y a-t-il des traditions ou rituels propres aux femmes bushinengué qui te tiennent à cœur et que tu continues de pratiquer. Desquels ?
Dans ce cadre, n’oublions jamais les soins personnels et intimes de la femme Bushinengué. Comment peut-on oublier ces petits bains de vapeur bienfaisants, surtout après l’accouchement ! (Apparemment l’actrice Gwyneth Paltrow les aurait inventées !!) Ah l’appropriation !!! J.
- Concilier carrière à Londres et responsabilités familiales, c’est pas toujours simple. Quelles sont tes astuces pour trouver un équilibre ? Et puis, comment tu contribues en tant que femme bushinengué au développement économique ou social de ta communauté ?
Le travail est très important mais la vie de famille est là où l’on trouve son équilibre donc il faut lui consacrer une place importante dans notre quotidien.
Mes enfants sont maintenant adultes, et même si nous trouvons le temps de nous rencontrer assez souvent, quand ils étaient jeunes, il fallait trouver les plans de travail qui tournaient plus autour du calendrier scolaire, et aussi s’arranger entre parents à prendre nos vacances au moment opportun. Une chose est certaine, le temps passe vite et c’est un prix incalculable de passes du temps avec ses enfants et de profiter de ces moments que l’on ne revit pas deux fois.
- Une expérience professionnelle à Londres qui t’a marquée ? On veut tout savoir !
J’ai géré un centre de langue pendant plus de dix ans, une école fait appeler à nos services, le jour J , je me rends au rendez-vous, une fois sur place pour la réunion qui déterminea les frais se services, la directrice de l’école, se faisant passer pour la secrétaire, ne sachant pas que j’étais la Directrice du centre de langue, me dit gentiment :
« Je suis désolée mais madame la directrice n’est pas là, pourriez-vous demander à votre employeur de prendre un autre rendez-vous ? »
A mourir de rire ! La grosse raciste ne savait pas que je savais parfaitement qui elle était.
Le comble de l’histoire, juste avant que je m’en aille, elle me demande de lui laisser nos plans de cours et programme d’enseignement. A ce moment-là elle venait juste d’ouvrir la boîte de Pandore. Il fallait que je la remette à sa place une bonne fois pour toutes.
« Madame D, si nous ne sommes pas assez bien pour vous, notre programme d’enseignement n’est certainement pas assez bien pour vous ! Aurevoir et bonne journée ! »
Je la vois encore debout, rouge de honte, me regardant m’éloigner dans le long couloir où je lui fais un dernier petit signe de la main juste avant de fermer la porte.
Oui, on en trouve encore beaucou de nos jours, certains sont sympas, d’autres vous le disent en face (ceux que je préfère !) , et la dernière catégorie feint la gentillesse (trop gentils pour être honnêtes !)
- Ton avis sur l’éducation des femmes bushinengué et comment ça peut influencer la dynamique sociale dans la communauté, ça nous intéresse.
De plus en plus nous voyons les jeunes femmes Bushinengué aller de plus en plus loin dans leurs études, ce qui est un grand pas en avant pour la communauté. Ce n’est qu’en persévérant dans ce domaine que nous verrons la différence et un changement positif de la dynamique sociale.
- Alors, tes objectifs à court et long terme en tant que femme bushinengué guyanaise vivant à Londres, et comment tu contribues au développement économique ou social de ta communauté ?
Je compte retourner en Guyane dans un avenir assez proche. J’aime l’Angleterre mais comme on dit chez nous « Sama sani na you sani » et L’Angleterre ne sera jamais chez moi ; ce retour demande une préparation bien pensée et, en ce sens, je m’y prépare petit à petit en ce qui concerne la réinstallation.
Ici à Londres, je n’ai jamais rencontré d’autres Bushinengué ; mais je suis sûr qu’il y en a. Cela dit, lorsque je suis à la recherche de certains produits locaux, je m’efforce de trouver ces commerces en ligne tenus par des Bushinengué dans les villes françaises. Dépenser dans ces commerces aide au développement économique de la communauté ; et bien qu’étant dans un pays étranger, la facilité du commerce en ligne nous rapproche économiquement de la communauté,
- Comment ton identité femme bushinengué de Guyane at-elle influence tes aspirations personnelles et professionnelles maintenant que tu es à l’étranger ?
Venant d’une communauté où le rôle primaire de la femme était plutôt restreint à subvenir aux besoins de la famille. Ces tâches de la femme Bushinengué, beaucoup ne le savent peut-être pas mais la liste pouvait être très longue.
Etant d’une génération plus jeune, privilégiés par l’éducation académique, nous n’avons peut-être pas nous-mêmes participée autant à ces tâches mais avons vu des femmes de nos communautés travailler dur. Cette ténacité ne m’est pas étrangère, et jusqu’à ce jour je puise ma force de cet esprit combatif où on ne se laisse pas abattre et cela ma beaucoup aider ici à l’étranger, en tant que femme noire et de plus Bushinengué .
- En tant que femme, tu as dû rencontrer des défis spécifiques à Londres. Comment tu as fait pour les surmonter ? Et puis, comment tu vois l’évolution du rôle des femmes bushinengué au fil du temps, et quelles sont tes espérances pour l’avenir de la communauté ?
Mon milieu professionnel est à dominance masculine et il est assez difficile parfois de s’affirmer et d’être vu. Cependant, je ne me laisse jamais abattre et continue à faire mon travail tout en observant mes principes : Sois vrai, ne perd jamais ton identité, ne crains pas d’avouer quand tu ne sais pas, ne bâcle pas ton travail, finis toujours ce que tu as commencé.
- Une petite anecdote ou un moment marquant de la vie des Guyanaises à Londres, ça serait sympa à partager.
C’est parfois drôle comme les anglais ne savent pas pour la plupart où se trouvent la Guyane, la prononciation anglaise Guyana leur rappelle Ghana, et à plusieurs reprises j’ai entendu »Je ne savais pas qu’il y avait un Ghana français »
Expliquer où cela se situe et quelques infos sur le pays sont souvent bien reçues.
- Et pour finir en beauté, quelles sont les valeurs qui guident ta vie pro et perso, et comment tu les mets en pratique au quotidien à Londres ? Et puis, comment tu envisages la transmission des connaissances et des traditions entre les générations de femmes bushinengué, et quel rôle tu joues dans ce processus ?
Sois vrai, ne perd jamais ton identité, ne crains pas d’avouer quand tu ne sais pas, ne bâcle pas ton travail, finis toujours ce que tu as commencé.
Pour tout transmettre à nos enfants, commençant par leur parler la langue, et soyons aussi fiers de qui nous sommes ; je ne pense pas que les perruques blondes et les lentilles bleues nous offrent forcement dans ce sens. Il est important de faire la différence entre utiliser un article de mode et de croire qu’ils font partie de nous !
Merci pour votre collaboration à cette interview, Alma !












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